Situation de la population en captivité PDF Imprimer Envoyer

L'esturgeon européen est désormais l’une des espèces de poissons les plus gravement menacées au monde. Les espoirs de restaurer sa population, fragilisée sur toute son aire de répartition, reposent aujourd'hui essentiellement sur le succès des projets de conservation ex situ. En effet, les mesures de sauvegarde destinées à réduire les menaces auxquelles la population naturelle est confrontée, bien qu'indispensables sur le long terme, ne permettront pas, à elles seules, de freiner le déclin de l'espèce. Les opérations de soutien de la population sauvage (lâchers d' alevins produits à partir du stock en captivité), grâce à la maîtrise de la reproduction artificielle, semblent la seule alternative capable à terme de renverser la situation et de sauver à terme cette espèce de l'extinction.

En France, 6 groupes d’animaux sont conservés en bassins au Cemagref de Bordeaux :

- 2 groupes d’origine sauvage (8 poissons nés avant 1994 et provenant de captures accidentelles +  32 poissons nés en 1994 en milieu naturel et échantillonnés juvéniles, probablement des frères-sœurs ) ;

- 1 groupe de 38 individus issus d’une première reproduction artificielle en 1995 à partir d’un couple d’esturgeons venant du milieu naturel, portant à ce jour à 78 le nombre total d’animaux.

- 1 groupe de 700 poissons issus d’une première reproduction artificielle en 2007. Le succès de cette reproduction fut la récompense d'une longue attente pour qu’une femelle de 1994 et des mâles issus de différentes générations atteignent en même temps leur maturité sexuelle. Compte tenu des déformations observées sur les poissons issus de la reproduction de 1995, il en avait été conservé un nombre important en captivité. Après deux ans de croissance normale, sans aucun symptôme, il a été décidé de relâcher 400 d'entre eux en septembre 2009 dans l'estuaire de la Gironde ;

- 1 groupe de 400 poissons issus de 2 nouvelles reproductions artificielles successives en mai et juin 2008

- 1 groupe de 300 poissons issus de la reproduction artificielle de juin 2009.

Les chercheurs du Cemagref savent faire reproduire des individus sauvages récupérés dans de bonnes conditions, bien que l’ovogenèse n’ait pas lieu tous les ans. La technique a déjà pu faire aboutir avec succès un programme expérimental de renforcement de l’espèce dans le bassin de la Gironde en 1995, 2007 et 2008. En revanche, on ne sait pas encore avec certitude les conditions d’élevage optimales à offrir à ces animaux pour qu’ils puissent développer un cycle sexuel normal et fournir des produits de bonne qualité. En la matière, les difficultés pour obtenir des individus sauvages mâles et femelles simultanément et dans de bonnes conditions de maturité a constitué à ce jour une contrainte forte à l’amélioration des techniques de reproduction artificielle et d’élevage larvaire.

En Allemagne, à Berlin, 17 poissons issus de la reproduction artificielle de 1995 et 500 poissons issus des reproductions artificielles de 2007 et 2008 provenant du Cemagref de Bordeaux sont conservés à l’IGB (Leibnitz Institute of Freshwater Ecology and Inland Fisheries). Les travaux de ce laboratoire s’orientent principalement vers l’amélioration des conditions de reproduction en eau douce, l’étude des effets de la variation de la température, et l’échange de matériel biologique avec le Cemagref pour des études génétiques, histologiques et écotoxicologiques. Ces travaux doivent conduire à des renforcements futurs dans l’Elbe et le Rhin. En effet, il semble aujourd’hui exister des chances sérieuses de restaurer l’espèce en Allemagne, eu égard aux progrès faits en matière de lutte contre la pollution, et aux mesures envisageables pour limiter les effets de la pêche accidentelle et de l’aménagement des cours d’eau.
Mise à jour le Dimanche, 01 Novembre 2009 14:21