Reproduction artificielle réussie pour l'esturgeon européen PDF Print E-mail

L’espoir renaît pour l’esturgeon européen, une espèce relique en Gironde qui jusqu’au 19e siècle peuplait la plupart des rivières d’Europe de l’ouest. Les chercheurs du Cemagref ont réussi la première reproduction artificielle de l’esturgeon européen Acipenser sturio à partir de spécimens élevés en station. Sa réintroduction en milieu naturel est un symbole fort pour la sauvegarde de la biodiversité des rivières européennes.

Malgré son statut d’espèce protégée en France depuis 1982 et en Europe depuis 1998, la dernière population d’esturgeon européen n’a cessé de décliner. Aujourd’hui, il ne reste que quelques milliers d’individus, tous originaires de la Gironde. À Bordeaux, l’urgence pour les chercheurs est de constituer des stocks de géniteurs et de mettre au point des méthodes de reproduction artificielle en vue de produire des alevins. L’objectif a été atteint le 25 juin 2007 à la station du Cemagref à St-Seurin-sur-l’Isle, en Gironde.

Des alevins sous haute surveillance

Les parents font partie du stock d’esturgeons constitué à partir de jeunes poissons né dans les années 1995 et conservé depuis en captivité. Après plus d’une dizaine d’années de soins et d’efforts quotidiens de l’équipe, une femelle (Francine née en 1994 et pesant 8,5 kg) et deux mâles (Justin né en 1984, 24 kg et Emile né en 1994, 17,6 kg) ont permis l’obtention d’un peu plus de 11 000 larves. En fonction de la réussite de l’élevage de ces premiers stades, très fragiles jusqu’à leur prise d’alimentation, cette première reproduction, limitée par le poids et la jeunesse de leur mère, devrait permettre l’obtention de quelques milliers d’alevins. Une partie de ces poissons devrait renforcer les deux stocks captifs à la base du programme de conservation et de restauration de cette espèce à l’échelle européenne, l’un en France (station du Cemagref à St-Seurin-sur-l’Isle), l’autre en Allemagne (Institut des eaux douces de Berlin). L’autre partie, selon réussite de l’élevage, devrait rejoindre le milieu naturel en Garonne et en Dordogne, sans doute au début du mois de septembre, pour soutenir la population sauvage dont les effectifs sont au plus bas.

Vers d’autres reproductions artificielles pour dynamiser la réimplantation de l’espèce

La précédente reproduction artificielle remonte à 1995, elle a permis de renforcer la population relictuelle dans le milieu naturel grâce au déversement en Garonne et en Dordogne de 9 000 larves et alevins. Le suivi de ces poissons relâchés, lors d’opération marquage ou de captures accidentelles, dans l’estuaire de la Gironde puis en mer, et enfin lors de leur retour dans les fleuves où quelques-uns ont été identifiés ces dernières années, témoigne de l’efficacité de la mesure. Les esturgeons des stocks captifs, constitués progressivement depuis le milieu des années quatre-vingt dix, approchent maintenant de la maturité sexuelle. Cette première réussite d’une reproduction artificielle d’esturgeon européen, à partir de poissons élevés en captivité, démontre le bien fondé de cette solution. Elle vient suppléer l’absence de toute reproduction naturelle constatée depuis 1994, compte tenu de la rareté des retours de géniteurs. On peut donc raisonnablement espérer que les années à venir permettent de relâcher des effectifs suffisamment conséquents pour relancer la dynamique de cette dernière population mondiale de l’espèce.

Last Updated on Thursday, 03 September 2009 18:30